Blaise d'Ostende-à-Arlon

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Blaise d'Ostende-à-Arlon est un pseudonyme collectif utilisé par plusieurs généalogistes belges, auteurs de deux ouvrages généalogiques publiés en trois volumes. Leurs publications sont relatives à la noblesse belge et à certaines familles belges d'apparence noble.

Bien que discutés, ces travaux, largement présents dans les bibliothèques spécialisées, ont exercé, aussi pour leur liberté de ton et leur pénétration analytique, une influence durable sur l'approche critique de la noblesse belge ainsi que sur la littérature généalogique en général, et continuent d'être cités avec discernement.

Les auteurs présumés et leurs travaux

Blaise d'Ostende-à-Arlon, pseudonyme collectif de généalogistes belges[1] qui étaient, selon certaines sources[2],[3], Willy van Hille[4] (1904-1993), Octave le Maire (1894- Bruxelles, 17 septembre 1970) et Frédéric Collon (1892-1983). Les ouvrages de ces généalogistes furent très remarqués lors de leur parution.

Les études Noblesse belge d'aujourd'hui, parue en 1967, et Noblesse belge d'apparence, parue en 1968, qui sont de sa main, et toutes publiées par les Cahiers nobles, furent très diversement appréciées et également très critiquées, mais continuent d'être consultées avec un intérêt soutenu.

Les thèses exposées dans la préface

Hors de toute polémique, les critiques juridiques fondamentales adressées dans son ouvrage en 1967 par Blaise d'Ostende-à-Arlon au régime nobiliaire belge peuvent être ramenées à cinq grandes thèses. Pour lui, si la noblesse historique peut se justifier par le droit acquis et l'Histoire, la noblesse créée après 1830 souffre en revanche d'un déficit de fondement constitutionnel, d'une grande incohérence juridique et d'un arbitraire administratif excessif.

1. Une contradiction constitutionnelle originelle

Selon Blaise, l'article 75 de la Constitution (aujourd'hui, l'actuel article 113) "Le Roi a le droit de conférer des titres de noblesse, sans jamais y attacher aucun privilège" est contradictoire, car pour Blaise, attribuer un titre nobiliaire constitue déjà un privilège, puisque cela place certains citoyens dans une catégorie socialement privilégiée et juridiquement protégée (notamment par la répression du port abusif de titres). La distinction entre titre et privilège lui paraît donc artificielle. Autrement dit, soit le titre n'a aucune portée réelle et il est inutile, soit il procure un avantage social et il devient un privilège déguisé.

2. L'illégalité présumée des titres héréditaires

C'est son argument juridique le plus original. Il rappelle qu'en 1848 le juriste Eugène Verhaegen soutenait que la Constitution autorisait uniquement des distinctions personnelles et non héréditaires. Selon cette thèse, transmettre la noblesse aux descendants constitue déjà un privilège prohibé par la constitution. L'auteur ne tranche pas formellement mais il se montre très favorable à cette interprétation. Son raisonnement est simple : un titre viager récompense une personne alors qu'un titre héréditaire avantage des descendants qui n'ont rien fait pour le mériter.

3. Une incohérence fondamentale entre Révolution et reconnaissance nobiliaire

L'argument revient tout au long de la préface. Blaise rappelle que les lois révolutionnaires françaises de 1795 abolissant la noblesse dans les anciens Pays-Bas autrichiens n'auraient jamais été expressément abrogées en Belgique. D'où sa question : Comment le Roi peut-il "reconnaître" une noblesse ancienne qui, juridiquement, a été supprimée ? Selon Blaise, lorsque le Roi reconnaît aujourd'hui une famille comme noble, soit il recrée une noblesse supprimée, soit il accorde en réalité une nouvelle concession sous un autre nom. Dans les deux cas, le système manque de cohérence juridique.

4. L'usurpation de compétence par le Conseil héraldique

C'est sans doute sa critique institutionnelle la plus sévère. Selon les textes de l'époque, le Conseil héraldique, aujourd'hui nommé le Conseil de noblesse, devrait seulement donner un avis en certains matières, vérifier les armoiries, et intervenir après la décision royale. Or, selon Blaise, la pratique est devenue toute autre puisque le Conseil filtre les candidatures, le Roi suit presque toujours ses avis, et le pouvoir réel de sélection serait ainsi passé du Roi au Conseil héraldique. Il parle explicitement d'un organe qui a usurpé une partie du pouvoir réservé constitutionnellement au Roi. Dès lors, cette critique vise moins la noblesse elle-même que le transfert d'un pouvoir discrétionnaire vers une administration non élue qui serait à la fois, pour certains, un organe administratif ayant des pouvoirs législatif, administratif et judiciaire.

Pour Blaise, la question de la noblesse est fondamentalement une question d'état civil et donc, en définitive, de compétence judiciaire, non du Conseil héraldique ou de l'actuel Conseil de noblesse. Il rappelle un arrêt de la Cour d'appel de Liège du 9 mai 1878 qui aurait admis que les nobles anciens n'avaient pas besoin d'une reconnaissance royale pour porter leurs titres et que la question relevait des tribunaux. Il cite également les débats parlementaires de 1867 dans lesquels Jules d'Anethan soutenait qu'en cas de refus du gouvernement, les tribunaux pouvaient reconnaître ce droit. Le juge ne créerait pas une noblesse nouvelle, il constaterait un état préexistant.

5. Une insécurité juridique et un arbitraire incompatibles avec l'Etat de droit

C'est finalement son reproche principal. Il estime qu'il n'existe pas de critères objectifs permettant de comprendre pourquoi certaines personnalités sont anoblies, pourquoi d'autres sont refusées, et pourquoi certaines familles obtiennent une reconnaissance et d'autres non. Il évoque pour cela les coteries, les influences, la fortune, les intentions personnelles, et des considérations politiques. Il suggère ainsi que la noblesse belge moderne fonctionne moins selon des règles de droit que selon des mécanismes de faveurs assez opaques.

Appréciations critiques

Ainsi que l’écrit le généalogiste Hervé Douxchamps en 1997, trente ans après la parution de l'ouvrage, dans Le Parchemin, organe de l'Office généalogique et héraldique de Belgique, dans son introduction aux « Quarante familles belges les plus anciennes subsistantes »[5], au sujet de Noblesse belge d'aujourd'hui, œuvre de Blaise : Pamphlet se permettant, sous le voile de l’anonymat, des impertinences qu’un historien ne peut se permettre, mais c’est la loi du genre. À part cela, Blaise assène parfois certaines vérités dignes d’être prises en considération, tout en se montrant curieusement ignare dans d’autres cas. Semble mieux au fait des familles du Nord que de celles du Sud du pays. Bien qu’il soit de bon ton, dans les milieux généalogiques sérieux, de s’abstenir de citer ce genre de littérature, nous nous permettrons d’y recourir avec discernement pour l’une ou l’autre famille.

L'auteur de la recension, resté anonyme, de l'ouvrage sur la Noblesse belge d'aujourd'hui, dans L'Intermédiaire des Généalogistes - publication du SCGD[6] - de 1968, écrit, lui, que L'auteur (ou les auteurs) est anonyme, il est en effet sceptique et bien informé, parfois mal intentionné (...) La préface est un travail remarquable (...). Cette préface, particulièrement développée, se présente - même si l'auteur s'en défend dans son dernier volume - comme une véritable étude du droit nobiliaire belge et se distingue par plusieurs thèses aussi originales qu'iconoclastes.

Pour la Noblesse belge d'apparence, paru en 1969, le recenseur X. D. (l'historien Xavier Duquesne) écrit, en appréciation finale, que (...) le livre est précieux au même titre qu'un recueil de crayons généalogiques sans références (...). Au reste, une prose spirituelle, incisive et rapide, mais aussi souvent dénigrante et persiflante (...).

M.M. (Michiel Mispelon, le rédacteur en chef de la revue), dans le Vlaamse Stam[7] de 1968, écrit notamment que (traduction) : (...) Cet ouvrage plaira à certains, car on en dit du bien ; il en décevra d'autres car il met fin à de charmantes légendes familiales et met les points sur le(s) "i" avec des précisions généalogiques, ce qui n'est pas toujours apprécié. Il n'est en aucun cas dépourvu d'humour et, dans certains cas, il risque de paraître un peu dur. (...) Que cela fasse sourire ou agace, le fait est que le contenu donne à réfléchir. Le(s) auteur(s) souligne(nt) le rôle important qu'a joué notre noblesse et pose(nt) la question suivante : est-il bon qu'il existe une "nouvelle" noblesse ou une classe privilégiée en nos temps démocratiques ? (...).

L'annotateur anonyme, dans le Vlaamse Stam de 1969, sur la Noblesse belge d'apparence écrit (traduction) : Certaines légendes familiales sur leurs origines sont ici démolies, critiquées à juste titre, ou rectifiées. Pour ceux qui en font les frais, ce n'est certainement pas agréable. (...).

Voir aussi

Bibliographie

  • XXX, Noblesse belge d'aujourd'hui, par Blaise d'Ostende-à Arlon. Paris, dans L'Intermédiaire des Généalogistes, du Service de centralisation des études généalogiques et démographiques de Belgique, n° 133, 1968/1, pp. 37 et 38.
  • X. D. (Xavier Duquesne), Noblesse belge d'apparence, dans L'Intermédiaire des Généalogistes, n° 141, 1969/3, p. 224.
  • M.M. (Michiel Mispelon), Blaise d'Ostende-à-Arlon, Noblesse belge d'aujourd'hui, dans Vlaamse Stam, Modèle:IV, 1968, n° 1, pp. 9 et 10 (pages jaunes).
  • X., Blaise d'Ostende-à Arlon, Noblesse belge d'apparence, dans Vlaamse Stam, Modèle:V, 1969, n° 3 , p.43 (pages jaunes).
  • Bibliographie de l'histoire de Belgique, dans la Revue belge de Philologie et d'Histoire, 1968, 46 - 4, pp. 1252-1346, Travaux généraux, n° 10246, Blaise d'Ostende-à Arlon, (pseud.). Noblesse belge d'aujourd'hui. Modèle:I-Modèle:II. Paris. Les Cahiers nobles, 1967, 2 vol.
  • Bibliographie de l'histoire de Belgique, dans la Revue belge de Philologie et d'Histoire, 1969, 47 - 4, pp. 1216-1309, n° 11633, Blaise d'Ostende-à-Arlon (pseud.). Noblesse belge d'apparence. Noblesse belge d'aujourd'hui, Paris, 1968.

Articles connexes

Notes et références

  1. Dans ce cas, plusieurs coauteurs signent ensemble sous un pseudonyme unique.
  2. Éric Meuwissen, Argenteuil, Le domaine « des » Rois p. 75. Lire en ligne.
  3. Voir Van de Put, dans Le Parchemin, 1982, pages 418 et 419. Voir aussi : AntiQbook.
  4. in Tablettes des Flandres : voir Histoire de la famille van Hille.
  5. Hervé Douxchamps, Les quarante familles belges les plus anciennes subsistantes, dans Le Parchemin, 1997, page 58.
  6. Le Service de centralisation des études généalogiques et démographiques de Belgique, en abrégé SCGD, publie trimestriellement le bulletin L'Intermédiaire des généalogistes.
  7. Le bulletin Vlaamse Stam est l'organe périodique (trimestriel aujourd'hui) de l'association de généalogie flamande Vlaamse Vereniging voor Familiekunde (VVF, fondée en 1964), aujourd'hui Familiekunde Vlaanderen.
  8. Lancée en 1954, sous la direction de Philippe du Puy de Clinchamps, la collection des Cahiers nobles rassembla, en trente-sept cahiers et vingt titres, quatorze auteurs sur la question nobiliaire.

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